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15/03/2009

Rôdeuse

Je la sais là qui rôde

Contre la chair qu’érode

Les vagues en maraude

Le temps écrit une ode

Une onde mélodique

Dans le parfum frangé

Qu’étrangent les tropiques

Dans le soir fatigué

Encore combien de fois

Ce regard amusé

Les fragrances de lilas

Trompant mon âme usée

Immobile impavide

Et de fière apparence

J’emmène mon pas vide

Visiter le silence

De mon mieux j’écartèle

Le poids des souvenirs

Et je mets des attelles

A demain pour tenir

Si le néant me happe

Je le remplis de mots

Ainsi je m’en échappe

En y laissant mes maux

Je pleus parfois dedans

Des pluies noyant les peurs

Larmes séchées de vent

Et derrière les pleurs

Et avril quelquefois

Vient troubler mes hivers

L’aube gardant le froid

Comme regardant hier

L’erreur de perspective

Dans laquelle je bagaude

Patience définitive

Je la sais là qui rôde.

28/01/2009

Pauvre horloger

Pauvre horloger

Tant de pendules

Et pas le temps

Pour remonter

Le temps

Pour voir avant

Il faut du rêve

Et la nuit montre

Tant de bonheur

Passé

Un tour d’horloge

C’est bien trop long

En funambule

Sur la trotteuse

Du vent

La nostalgie

C’est du mensonge

L’âge embellit

Les petits riens

D’avant

Mais rien jamais

Ne se refait

Le jour revient

Et c’est demain

Encore

A actionner

Le remontoir

La manivelle

Et la musique

Tictac

Heureusement

Aussi devant

Une fois l’an

Il y a le

Printemps.

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22/01/2009

Janvier

Même si je laisse hier tout ce qui est trop tard

Que les dés sont pipés je le sais par avance

Je saute dans la flaque au milieu du trottoir

Même les jours de pluie ensoleillent l’enfance

 

Alors je vois demain les traces dans la neige

Que la folie d’aimer laisse sur son chemin

Ce sont les notes d’un impossible solfège

Qui ne se joue qu’à deux comme d’une seule main

 

Le soleil qui revient je le vois dans tes yeux

Mais je suis en retard de bien quarante piges

Quand il me semblait être cet ado merveilleux

Et tous mes souvenirs n’en sont que des vestiges

 

Je me rêvais et j’aime à me rêver encore

Romantique et maudit dans la nuit solitaire

En poète debout face au vent dans l’aurore

Une fille près de moi sauvage libre et fière

 

Ça se soigne c’est sur mais toujours je déjante

En humain parmi d’autres pauvre grain de poussière

Je vois un autre monde ici me désenchante

Alors je me fabrique un bel imaginaire

 

L’âge me ride de son fouet mais ne pénètre pas

La sève monte encore même dans le dur hiver

Ce serait le printemps mais je n’y pense pas

Quelquefois la jeunesse a des relents amers

 

Je me réchauffe des femmes qui s’offrent à mon regard

Si belles je me raconte des filles de mensonges

Quand le sommeil arrive je les suis sans retard

Qui viennent se promener dans l’espace des songes

 

Et combien seront-elles ces passantes des yeux

A me convier toujours d'infaisables voyages

Je voudrais voir mes mains dans ce désir soyeux

Avec du pur amour sans filet ni trucage

 

Alors je laisse autant et je laisse toujours

La démence mener ma barque chimérique

Et je persiste à voir dans l’invisible autour

Les aventures chaudes rencontres utopiques

 

Je suis un maraudeur à l’affût du plaisir

Je fais don de tendresse et j’accepte l’offrande

D’un geste d’un regard ou d’un joli sourire

J’ai l’épargne secrète j’attends les dividendes

 

Je ne suis pas de ceux hésitant de tango

Myopes qui ne savent plus ni l’avant ni l’arrière

Le rêve c’est demain hier est dans les mots

Et le baiser final a les pieds sous la terre

 

Je ne suis pas de ceux croyant dans le miracle

Qu’un déluge annoncé laissera sains et saufs

Et tranquilles et légers contemplant la débâcle

Assis sur un gazon que le soleil réchauffe

 

L’âge creuse et ravine et burine la peau

Agit sur la tripaille et sur le palpitant

Il essore les muscles et fait tordre les os

Mourir jeune c’est fini je n’en ai plus le temps

 

Je berce d’illusions ma vieillesse à venir

D’une main virtuelle pour caresser les courbes

Je m’aide quelquefois d’une verrée de plaisir

Pour adoucir ma gorge parfumée par la tourbe

 

Mon âme est insatiable elle guette l’émotion

Que le désir allume parfois sur la pupille

D’une inconnue rêveuse dont la séduction

Ecrira dans ma tête un poème tranquille

 

Je ne suis pas de ceux que la peur ratatine

Et qui bourrent à ras bord de fric leurs édredons

Qui méprisent les gueux et cela me fascine

Rêvent de l’autre vie promise des religions

 

Je ne suis pas de ceux qui façonnent leur corps

En prenant pour modèle un dieu publicitaire

Et dont la chair pendouille dépourvue de ressort

Quand l’âge triomphant laisse s’en échapper l’air

 

Je ne suis pas de ceux qui en conquistador

Choisissent sur catalogue des congés exotiques

Et pleurent pour une nuit dans un aéroport

Une grève bloquant leurs vacances idylliques

 

Je ne suis pas de ceux dont la seule ambition

Est celle de « m’as-tu vu » de petite envergure

Qui guette dans les temples de consommation

La marque qui d’un coup allonge leur pointure

 

Notre monde est le même c’est le regard qui change

La solitude amie qui fait le sentiment

Et le ressentiment de la bêtise étrange

Qui nous prend par le cou pour un étranglement

 

Je suis cet amoureux permanent et perdu

Dans le bonheur suprême que crée la permanence

Un nostalgique amer des amours jamais eues

Un vagabond errant aux portes du silence

 

Et j’attends de demain une bouche pour la mienne

L’ « ardence » du désir et la pulpe gonflée

La fraîcheur juvénile qui purifie l’haleine

Les lèvres sans scrupules qui s’offrent à baiser

 

Je ne suis pas de ceux sans amour ni haine

Formaté jusqu’au fond aveuglé jusqu’au sang

Dans le cruel des jours mon esprit se promène

Sens en éveil je vois je goûte j’écoute je sens

 

Dormir dans des draps une femme à son coté

En se tournant le dos « taciturnant » le noir

Je me demande parfois où est la dignité

Une chambre lugubre ou un bout de trottoir

 

Je n’ai pas de sagesse la votre m’horripile

Je préfère la folie quand elle est à vos yeux

Aucun de vous ne peut aborder sur mon île

Elle est si jeune et belle et vous êtes si vieux

 

Dans le mensonge miroir vous vous voyez si grands

Que vous pensez indigne le pauvre qui mendie

Vous ne donnez alors qu’un regard méprisant

Et ce miroir réel vous rend votre mépris

 

Je ne suis pas de ceux bloqués dans une case

Dont la pensée minus rebondit sur les murs

Leur revient dans la gueule, les plie et les écrase

Fait gonfler leur orgueil et leur cache l’azur

 

De ceux qui s’agenouillent marquant leur soumission

A une vieille horreur bâtie sur des bêtises

Pour y régénérer l’essence de leurs pulsions

Et semer la violence où le monde s’enlise

 

Je suis celui qui passe en se sachant passer

Je suis celui qui rêve de ta peau impossible

Les ailes étendues et la bouche fermée

Le sourire en dedans du regard impassible

 

Comme ce brouillard léger dans les arbres en lambeaux

Comme ces mots veloutés que je ne dirais plus

Comme l’appel au secours d’un monde qui fut beau

La lettre non écrite que j’ai pourtant reçue

 

Je suis celui qui met du printemps dans l’automne

Quand janvier au soleil craque dans la froidure

Quand le poil qui blanchit fait vieillir le bonhomme

Quand mon âme imagine l’été et l’aventure

 

Je suis cet ignorant dont le seul savoir

Se construit de désir et de désespérance

Le désir animal l’animal désespoir

Et l’amour par-dessus pour gonfler la souffrance

 

Dans le vent de l’hiver j’agglomère le chaos

Adolescent encore debout dans ce poème

Et la nuit qui blanchit m’épargne de ces mots

Et je tais à jamais cette romance : Je t’aime.

06/12/2008

la nouvelle chanson des gueux

Quand elle ouvre les bras

Me voyant arriver

Il m’arrive de rêver

Qu’elle n’attend que moi

Que je suis le soldat

Qui revient de la guerre

Qui sort de la misère

De la faim et du froid

 

J’imagine le café

Qui chauffe sur le réchaud

J’ai envie d’avoir chaud

Et de me reposer

Et soigner mes blessures

Revenir à la norme

Jeter cet uniforme

Avec mes déchirures

 

Quand elle ouvre les bras

Ses yeux restent fermés

Elle parle de pitié

Et moi je n’en veux pas

Elle ne regarde pas

Ce miroir sacrifié

Qui dit la vérité

Mais elle n’y croit pas

 

Elle ne veut pas se voir

Sans son lourd maquillage

Elle me voudrait en cage

Enfermé sans espoir

Mais je reste debout

Et digne malgré elle

Quand cette vie cruelle

Me voudrait à genoux

 

Quand elle ouvre les bras

C’est pour me faire partir

Elle nous aide à sortir

Mais on ne revient pas

Elle se pince le nez

Elle n’entend pas mes cris

Du haut de son mépris

Elle ne voit pas lever

 

L’armée inattendue

Cette fleur de misère

Abreuvée de colère

Qui monte de la rue

Et cette armée de gueux

Gavée de ses paroles

Inversera les rôles

Pour lui ouvrir les yeux.

16/11/2008

Première gelée (Jean Richepin)

            Jean RICHEPIN (1849-1926) 

            (Recueil : La chanson des gueux)

 

 

            Première gelée

 

            Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

 

            Ainsi qu'un dur baron précédé de sergents,

            Il fait, pour l'annoncer, courir le long des rues

            La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.

            On entend haleter le souffle des gamins

            Qui se sauvent, collant leurs lèvres à leurs mains,

            Et tapent fortement du pied la terre sèche.

            Le chien, sans rien flairer, file ainsi qu'une flèche.

            Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,

            Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.

            Les femmes, comme des coureurs dans la carrière,

            Ont la gorge en avant, les coudes en arrière,

            Les reins cambrés. Leur pas, d'un mouvement coquin,

            Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.

 

            Oh ! comme c'est joli, la première gelée !

            La vitre, par le froid du dehors flagellée,

            Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,

            Et papillotte sous la nacre des micas

            Dont le dessin fleurit en volutes d'acanthe.

            Les arbres sont vêtus d'une faille craquante.

            Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

 

            Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

 

            Voici venir l'Hiver dans son manteau de glace.

            Place au Roi qui s'avance en grondant, place, place !

            Et la bise, à grands coups de fouet sur les mollets,

            Fait courir le gamin. Le vent dans les collets

            Des messieurs boutonnés fourre des cents d'épingles.

            Les chiens au bout du dos semblent traîner des tringles.

            Et les femmes, sentant des petits doigts fripons

            Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,

            Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.

            Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.

            Près des chenets joyeux les messieurs en chapeau

            Vont s'asseoir ; la chaleur leur détendra la peau.

            Les femmes, relevant leurs jupes à mi-jambe,

            Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe

            Étendront leurs deux mains longues aux doigts rosés,

            Qu'un tendre amant fera mollir sous les baisers.

            Heureux ceux-là qu'attend la bonne chambre chaude !

            Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rôde,

            Mais les gueux, les petits, le tas des indigents...

 

            Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

 

 

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