10.05.2008
journal du vide
Il arrive un moment, fatalement, ou il devient nécessaire de tourner la page et d’y inscrire le mot fin. Pourquoi pas le dix mai ? L’embarrassant dans une chronique, c’est la chronicité ! La répétition dans le sujet, dans l’objet, l’habitude qui risque de devenir une manie… L’obsession quotidienne de la feuille blanche avec cette impatience de l’écriture qui peut facilement se transformer en obligation. Que l’on m’oblige à écrire, pourquoi pas ? A condition que cela me rapporte autre chose que la satisfaction de l’entassement des mots et la satisfaction orgueilleuse d’une analyse personnelle des situations.
Décider de l’instant précis auquel il est primordial de se dire : je ne sais pas ce que je vais faire, mais ce sera différent ! J’en suis là ! A partir du moment où je constate que je ne laisse plus aller librement. Ce moment où l’écriture perd du goût, où la dissection de ma situation au jour le jour et le voyage dans l’introspection ne me soulagent plus, il est grand temps d’arrêter ! Je veux descendre de ce manège, quitter ce cycle avant qu’il ne soit insupportable. Rabâcher sans cesse mes malheurs, mes douleurs, mes angoisses et tous les petits tracas désespérants du quotidien revient peut-être à les entretenir et à leur donner une dimension qu’ils pourraient ne pas avoir. Le manège que je veux quitter, c’est moi qui le crée et qui lui donne l’énergie qui le fait tourner ! Aujourd’hui comme à la fin de l’année dernière, le jour où j’ai commencé à écrire et où j’ai donné un nom à ce que j’écrivais : Le journal du vide, rien n’a changé ! Le vide est toujours là, oscillant entre la présence permanente et les bonheurs d’artifice des phases maniaques. Est-ce qu’en écrivant je n’entretiens pas ce système ? Où est la réalité ? Dans ce vide qui n’en est pas un puisque je le comble de mots ? Dans la colère et l’excitation qui l’accompagne ? Chaque jour il est facile de trouver dans le monde un sujet pour alimenter cette chronique tout comme chaque jour je peux déblatérer sur mes états d’âme et sur ma façon d’envisager l’avenir. Mais je ne le fais que pour moi ! Il s’agit d’une écriture égoïste, fermée, inutile. Jamais jusqu’ici je ne m’étais posé cette question sous cette forme, aujourd’hui elle m’apparaît fondamentale. Écrire sert à être lu et comme j’écris sur moi…
Sarkozy est présent pour cinq ans, encore quatre… Et après ? Qui en face pour le battre ? Je peux bien écrire sur ce sujet tous les jours qui nous sépare des prochaines élections, son gouvernement et lui me donnent tous l’aliment nécessaire pour. Mais à quoi bon ?
Bien sur je rêve d’édition, de publication. De voir mon nom sur la couverture d’un livre, accompagné par le nom d’un éditeur. Combien sommes-nous en France et ailleurs à partager ce rêve, à estimer que notre prose vaut l’investissement, à feuilleter des bouquins en se disant que, merde, finalement, ce n’est pas terrible ! Je fais mieux que ça ! Alors, pourquoi pas moi ? C’est bien de rêver mais ce genre de rêve a comme une saveur libérale, le mensonge qui consiste à faire croire à l’exception et à généraliser à partir de celle-ci… tout le monde peut y arriver, s’enrichir… Alors pourquoi pas mon nom sur une couverture de livre ? Pourquoi ne pas y croire, pourquoi ne pas imaginer que l’édition est ce petit point lumineux, là-bas dans le fond, comme la sortie d’un tunnel, ce tunnel dans lequel je me confis dans l’obscurité et le désespoir ? Quel est la part de ce rêve dans la motivation secrète qui m’amène devant le clavier de l’ordinateur tous les jours, quand il fait beau dehors, que les oiseaux chantent que les tomates poussent tranquillement, que ma chienne roupille en pensant qu’elle se promène…
J’ai aujourd’hui le sentiment amer de me complaire dans la commodité du glauque, je maintiens une mécanique fade dans un spleen terne qui facilite le passage en phrases, en pages, en recueil. Arrêter cette forme d’écriture ne veut pas dire que ma situation va changer, qu’un miracle va se produire, que les patrons du coin vont me téléphoner pour m’embaucher, que le pognon va pleuvoir dans mes poches ni même que mon rhume va disparaître ! Ça me parait en tous les cas plus facile d’arrêter mon journal que d’arrêter de fumer ! Il n’y a aucun rapport, je sais, ne cherchez pas… De plus, ce n’est peut-être pas définitif ? Comment savoir ?
Je vais écrire autre chose, continuer sur d’autres voies, revenir si je peux, si elle est d’accord, à la poésie, à la musique. Je vais persister dans mes recherches d’emploi, j’ai toujours envie de sortir de la merde !
Je veux flinguer le vide au lieu de le visiter et je veux être capable de l’écrire d’une autre manière si il insiste encore. Je verrais comment…
Il n’y aura donc pas de page datée du onze mai dans ce journal.
FIN
11:39 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.05.2008
Apremont
Menu du sept mai, pour accompagner le soleil presque estival et la brise légère qui règne dehors. N’était cette saloperie de rhume qui me gonfle le pif ! Enfin, rhume ou non, soleil ou pas, il faut bien manger pour rester en vie et tant qu’à faire, autant transformer en plaisir cette obligation. L’envie me vient soudain de manger des pommes de terre ! Une fois de plus, bien sur. Les patates restent une base primordiale de notre alimentation et de notre plaisir de bouffer. Blo-blo ! Ça me vient de ma Corrèze maternelle. Je ne suis pas né en Corrèze, mais maman, oui ! J’ai envie de pommes de terre à la blo-blo, ce que j’écris comme ça faute d’avoir jamais su, jamais vu comment ça s’écrivait et même ignorant si un jour quelqu’un l’a écrit. Une fois de temps en temps, ma maman nous faisait des patates à la blo-blo et personne à la maison ne s’en est jamais plaint. Forcément, je n’étais pas très attentif à la méthode, aux ingrédients. Il me faut faire à l’improvisation, au goût, que je ne retrouve que de manière lointaine comme tous les souvenirs de jouissance dont jamais on ne reproduit l’intensité. Mais on en crée de nouvelles, des belles, toutes neuves ! L’enfance est loin, qu’importe ! Peut-être que cette recette improvisée de cuisson des patates que je persiste à appeler « à la blo-blo » donne un résultat meilleur que ce fameux plat de ma mère ! Pourquoi non ? Donc ! Je vais chercher les pommes de terre, je les épluche soigneusement, j’en fais autant avec un énorme oignon (jaune paille des vertus), je les lave soigneusement. J’épluche aussi quelques aulx, je farfouille dans le placard pour y dénicher la noix de muscade, je fonce au jardin pour y recueillir quelques grands brins de ciboulette puisque actuellement le persil se désespère dans le nanisme. J’arrache à la tristesse froide du frigo le pot de crème fraîche qui s’y ennuie. J’agrippe un faitout de fonte émaillée, je saute sur l’huile d’olives, je sors le sel et le poivre. Je souffle une minute en admirant tous ces ingrédients qui vont me permettre de régaler toute la famille ce midi. Et je constate la catastrophe !
Le vin blanc ! Il me manque le vin blanc, ingrédient indispensable à la construction (géniale) de cette architecture gustative que je m’apprête à mettre en œuvre. C’est l’horreur ! J’ai largement assez de composants pour cuire mes pommes de terre, il n’est pas trop tard pour faire des frites, des patates sautées, à l’étouffée et je ne sais quoi encore ! Mais jamais ce plat ne méritera le patronyme inégalable de blo-blo ! Je vais dans le garage, découragé, j’ouvre ce frigo qui ne nous sert que durant l’été, mais je suis déçu. Il y a bien quelques bouteilles, du mousseux, du rouge, triste bilan ! Et mon regard désemparé se porte sur ce carton, ce carton cadeau offert par André et Mireille qui sont venus passer un moment trop court à la maison. J’ouvre fébrilement et j’en sors les meilleurs vins de Savoie, les chautagne rouge, les Chignin-Bergeron blancs, gouleyants jusqu’à un point… Et une bouteille d’Apremont, pas n’importe quoi, pas du gros rendement à l’hectare comme les vins de… Qu’on achète au…
Je décide un compromis. Comme je suis seul, le débat est vite tranché. Je m’installe devant la gamelle, l’huile, une couche d’oignon, et puis les pommes de terre coupées en rondelles pour entasser quelques couches. Noix de muscade, sel, poivre et je continue, couche par couche. J’ajoute de l’ail, de la ciboulette, je remets de la muscade, du sel, du poivre, j’essaie vainement de sentir les premiers effluves mais mon tarin me refuse encore cette joie. Ainsi de suite ! J’ouvre enfin cette bouteille fameuse, j’hésite encore. Ce n’est habituellement pas avec du bon vin que je cuisine. Sauf exceptionnellement, un bon (petit) Bourgogne pour la daube. En général je me contente d’un vin de table, un blanc de blanc comme ceux que l’on achète au supermarché discount du coin… J’ai copieusement arrosé d’eau, maintenant je dois m’encourager pour déposer délicatement le nectar sur le plat qui mijote déjà. Cruel dilemme ! Est-ce que je vais commencer en guise d’encouragement, par m’arroser la glotte ? Je cours le risque de ne plus oser ensuite en verser une dose sur mes patates, de le trouver trop bon, d’avoir l’idée d’un sacrilège. Aïe ! Que faire ? J’opte pour la solution la plus sage, je verse le vin dans le faitout qui commence à chanter la belle mélodie secrète de la popotte. Je contrôle le niveau, je ne perds pas une goutte. Sans changer de main, j’arrache un godet du séchoir à vaisselle et je le pose sur la table. Là encore je verse. Je prends mon temps, je pose le couvercle sur le faitout, j’y dépose de l’eau pour préserver une certaine douceur dans la cuisson puis je reviens au plus important : mon verre et la verrée quasiment transparente qui m’attend.
Que vous raconter ? Au-delà de la minéralité des graves roulés par les torrents, des fruits secs et de la floraison printanière, des milliers de perles qui viennent exploser et exsuder leur saveur sur chacune de mes papilles, au-delà même, les yeux clos, de cette impression de boire un paysage, les aiguilles d’Arves qui diluent et vaporisent leur beauté, la rondeur de mastodonte du grand Châtelard, la noirceur schisteuse de la pointe de roche noire, au-delà il y a une bonne part d’indicible jusque dans la solitude de la cuisine quand je lève mon verre à la santé des amis, une chaleur particulière sans laquelle la vie serait bien plus difficile. La prochaine fois que leurs pas amicaux les amèneront jusqu’ici, on mangera des patates à la blo-blo en écoutant les mésanges zinzinuler et en dégustant ensemble, une fois de plus, le vin de l’amitié ! A votre santé !
15:04 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : amitié, cuisine
26.04.2008
Évidences
J’envoie sur mon blog quelques évidences
Je suis le seul juge de leurs pertinences
Je voyage assis dans un coin fenêtre
Je décide les gares sans me compromettre
Le moment venu je me débarrasse
De ce superflu et je tire la chasse
Dans les courants d’air tous les mots s’envolent
Sauf les malchanceux qui s’écrasent au sol
Je regarde le temps qui passe au dehors
Les fleurs du printemps les automnes en or
Je regarde le temps qui file en dedans
Je m’entends vieillir consciencieusement
J’écoute mon cœur jusque dans mes tempes
Je surveille mon corps car j’ai peur des crampes
Je n’ai rien d’autre à faire tout le long du jour
Et le président fait des beaux discours
Je ne sais pas qui est le scénariste
Je trouve que l’histoire devient un peu triste
Être un parasite serait-ce mon destin ?
C’est un mauvais job qui ne rapporte rien
Alors je m’enfuis je pars en voyage
J’éparpille au vent quelques creux messages
Je fais de mon mieux je garde le sourire
Quand le président me promet le pire
J’envoie sur mon blog quelques évidences
Je suis le seul juge de leurs pertinences
15:31 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog




