16/07/2024
Vendôme...
Vendôme
Je me souviens des nuits passées sur les routes, entre deux points précis, entre « chez nous » et « chez eux », l'appel lent du matin, le jour qui vient sur les montagnes, dans les bois, les forêts, entre les étangs des Dombes ou les vignobles du Beaujolais, les vignobles du pays nantais, au retour. Les animaux furtifs qui traversent, renards, chevreuils, lièvres, sangliers... La radio en sourdine quand il y avait une radio... Mon amour à côté de moi, ma chienne à ses pieds, les enfants à l'arrière qui dorment ou non...
Je me souviens des villes, des villages traversés, déserts. Je me disais : il y a des gens qui dorment là, dans ces maisons, des gens qui entendent chaque jour et chaque nuit les voitures les motos les camions, le vacarme incessant. Parfois une lueur, une fenêtre éclairée. Je me suis demandé souvent comment on pouvait vivre là. C'était bien avant que les périphériques, les itinéraires poids lourds et les ronds-points existent. La route traversait Cholet, Poitiers, Chauvigny, Saint Calais, Vendôme, Saint Pourçain, Paizay-le sec, Montluçon et tant d'autres tant de départements, de régions, d'invisibles paysages.
Vivre ici ou là dans ces villages qui me semblaient perdus au milieu de nulle part, au milieu de la nuit, éclairés uniquement par la lumière jaune des phares.
Naître ce n'est pas choisir, alors pourquoi pas dans cette campagne, dans ce village, dans cette maison au bord de cette route. Puis aller à l'école, marcher jusqu'au feu tricolore, attendre qu'il soit rouge, le passage pour piétons pour traverser, rejoindre, un peu à l'écart près de la mairie, la cour de la petite école, les copines et les copains, la maîtresse ou le maître, être sage ou pas... Plus tard aller en car au collège au chef-lieu puis au lycée à la ville, en pension peut-être. Passer des examens, choisir ou pas une orientation, un métier ou des études. Rencontrer celle ou celui que sera l'amour, le vrai, le fort, l'éternel, la famille, qui durera ce qu'il durera... Rester ou partir, l'usine, le bureau, la ferme, les vaches, les moutons, les chèvres, les céréales, les terres, les emprunts... La vie, pareille partout, riche ou pauvre et le jour qui vient enfin. L'arrêt dans un village comme un autre dont on ne se souviendra pas du nom, pour faire une pause pipi, faire sortir les enfants, faire courir la chienne, Aller dans ce bistrot déjà ouvert, boire un café et manger un croissant avant de continuer jusqu'au but...
Ne plus penser jusqu'au retour, à tous ces villages, toutes ces villes, toutes ces vies...
D.L.B 16 juillet 2024
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VACANCE
Baigné, immergé dans le parfum des mélèzes et de la multitude des fleurs du printemps, marchant sur le moelleux tapis d'aiguilles dorées, retrouver le souffle, écouter l'harmonie musicale des oiseaux et du torrent voisin, refuser le monde ailleurs qu'ici, pour un moment, une minute, une heure, ne rien avoir en tête d'autre que ce bonheur, que cette envie d'ouvrir les bras pour aspirer mieux encore l'air et le paysage, les couleurs, la vie. Marcher encore dans le jaune des trolles, des boutons d'or, des pissenlits, du millepertuis, du lotier des Alpes, dans le bleu du ciel et des myosotis, des gentianelles, des gentianes de Koch, dans le blanc des dryades à huit pétales... Regretter qu'il soit trop tôt pour la folie de l'été, des campanules, des orchis, des anémones... Monter encore jusque sur les pierres, avaler le ciel, le blanc des petits nuages animant l'azur. Guetter l'aigle et le chamois, le chevreuil et le bouquetin, le renard, la marmotte... Et puis redescendre en gardant bien plus qu'un souvenir, l'intensité des instants de vrai bonheur et de sérénité absolue !
DLB 22 06 2024
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15/10/2023
Comment
Comment vient la vieillesse comment fait-elle son lit
De ce lent pas tranquille esquivant les douleurs
Plongeant comme par mégarde vers la mélancolie
Se souvenir encore ces souvenirs tricheurs
Est-ce qu'elle vient un matin au réveil par surprise
Ou longtemps est-ce qu'elle s'insinue secrètement
En creusant des sillons dans lesquels s'enlisent
Tant de belles illusions alourdies par les ans
Est-ce qu'elle n'était pas là déjà ce drôle de jour
Par avance sachant que viendrait sa victoire
Comme l'amour la jeunesse ne dure pas toujours
Ce jour où j'arrivais premier de mon histoire
Les bras deviennent plus courts les panards sont plus loin
Les manches flottent autour des muscles amaigris
Les jours suffisent au jour comme demain à demain
les projets d'avenir ont des buts étrécis
Les morts sont plus nombreux que le sont les vivants
Fermant les yeux je vois cette armée de fantômes
Tous ceux qui ont compté qui me parlent d'avant
Qui viennent quelquefois me perturber le dôme
C'est ce poids sur la nuque ces taches sur l'épiderme
Alors qu'auparavant j'étais bien immortel
Fini l'éternité en approchant du terme
Mon amie la folie assure l'essentiel
Je ne suis pas De Gaulle je ne fais pas naufrage
Je ne suis pas Don Diègue elle n'est pas l'ennemie
Elle est au bout du compte une simple question d'âge
Et le seul vrai problème est qu'un jour elle finit.
D.Laudrin 15 10 2023
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02/01/2022
L'an zéro
J'ai cru ne pas sortir et pourtant je le suis
Elle me l'a reproché et la chaleur avec
J'étais le responsable coupable sans doute aussi
Moi pauvre nourrisson épais comme un fruit sec
Comme si j'étais fourbe déjà avant de naître
Fourbe et calculateur que j'avais fait exprès
Choisi le jour et l'heure et le mois pour paraître
Un dimanche matin au début de juillet
Bien content de quitter le liquide amniotique
J'ai ouvert sur le monde mes magnifiques yeux bleus
Dans la touffeur ambiante témoignant des tropiques
Pourquoi pas à Montreuil des tropiques de banlieue
Ensuite pour un moment je suis resté peinard
Babillant et rotant et peut-être souriant
Et prenant hardiment du poids en vrai têtard
Sept mois quand on est neuf c'est un beau bout de temps
V'là t'y pas qu'à cet âge je fais une crise d'asthme
Mes bronches sont étrécies je siffle comme un steamer
On me brûle la couenne avec des cataplasmes
On me colle dans la goule des sirops assommeurs
De vomis en cacas j'allais cahin-caha
Victorieusement passer mon premier hiver
De justesse, février et mars je pris du gras
Avril comme un régime m'enverrait en enfer
L'avenir attendu m'a pris bronches et poumons
Niveau température j'ai battu des records
Je cuisais dans mon jus jusqu'à des convulsions
Un ultime tremblement puis plus rien j'étais mort
Soixante-dix piges plus tard si j'écris ce chef-d'œuvre
C'est qu'une première fois elle m'a épargné
Elle m'a recraché déposé à pied d'œuvre
Devant une existence peut-être méritée ?
Elle m'a fauché trois jours dont il ne reste rien
Trois journées de néant dans un profond coma
Dans un passé bien sûr dont on ne se souvient
D'avoir tant entendu conter ces histoires là
De la suite il me reste des réelles images
Cette vieille bonne sœur qui venait me piquer
Devant la grande fenêtre adapté à mon âge
Cette caisse de bois qui était mon pucier
La phobie des toubibs qui me resta gravée
Chaque visite me voyait me planquer de mon mieux
Mes pleurs ne changeaient rien il fallait bien soigner
Mon corps en marmelade et mes nerfs furieux
Je voulais que s'arrêtent tous ces coups de seringues
J'étais un animal prisonnier douloureux
Je n'avais pas un an et je devenais dingue
Soixante-dix ans plus tard je me sens un peu mieux...
L'an zéro, Daniel Bontemps-Laudrin, Décembre 21 - Janvier 22
17/12/2021
La beauté...
L'infini bonheur de ceux qui savent
Comme ils ouvrent leurs yeux
Ouvrir leur cœur, leur âme et leur corps
Jusqu'à la plus infime particule
Et respirer le paysage
S'en emplir
Le devenir
S'arrêter là, suspendre un geste
tourner la tête
Contempler
Se souvenir en laissant chaque instant du passé
Devenir présent
Se souvenir, donner à chaque seconde le poids de l'éternité
Là, planté dans le jardin
Revivre tant de partages, tant d'amitiés, tant de musiques
Savoir le sourire de chaque moment, arrêter le moment
Ralentir les saisons, les années, les minutes
Rentrer à la maison avec quelques bûches
Allumer une flambée
N'avoir qu'un seul mot pour tout ça
Pour la splendeur du monde, de l'amour
La beauté...
Daniel Laudrin
17 12 2021
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