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30.05.2008

Évidences (2ième version)


podcast

26.05.2008

Dédicaces


podcast

Dédicace

Aux percussions mouillées de la pluie sur l’ardoise

Quand le matin éclate les nuages sur le toit

Au goût des confitures de mures ou de framboises

Au sentier du printemps qui marche dans le bois

 

 

Au crépitement sec des hivers glacés

Dans la chaleur du chêne qui pète et se consume

A la finesse de l’air des silences enneigés

A l’heureuse chanson des bêtes qui transhument

 

 

A l’océan furieux qui s’acharne à la grève

Aux tempêtes qui viennent arracher les embruns

Aux ports cimetières pour les bateaux qui crèvent

Le pont mangé de rouille déserté de marins

 

 

Au miaulement geignard de mon chat à la porte

Qui rêve de croquettes et de coussins moelleux

A la musique légère du pas dans les feuilles mortes

A l’oignon épluché qui fait pleurer les yeux

 

A l’accord de guitare qui ferraille sous mes doigts

Une harmonie loufoque qui me va comme un gant

Au tabac qui graillonne jusqu’au fond de ma voix

Et qui met dans les notes d’étranges sifflements

 

 

A ce bouchon content de quitter la bouteille

Pour donner à mon pif l’assemblage de parfums

Les fruits secs du blanc au rouge des groseilles

Rigolant les papilles dans la gueule des copains

 

 

Aux averses que coupe l’averse de soleil

Quand le vent fait chuter la blancheur des pétales

Au gel qui fait briller le jour qui se réveille

Au pigeon qui roucoule sa rengaine matinale

 

 

Au renard qui mulote sur les prés de septembre

Quand l’azur a permis de clore les moissons

Au héron qui repeint ses plumes dans  la cendre

En guettant son dîner du coin de son œil rond

 

 

Au sourire pointu de cette jolie femme

A la nuit qui avance vers l’autre jour demain

Aux mélodies secrètes à démonter la gamme

Quand les crampes salopes viennent attaquer mes mains

 

 

Aux voyages lointains des soies de Samarkand

Et tant d’autres cités où je n’irai jamais

Aux huîtres de Pénerf et au sel de Guérande

A tous les souvenirs qui me grimpent au palais

 

 

A la liberté noire du fond des solitudes

A la beauté parfois qu’elles font naître en dedans

Aux rêves qui se créent dans la douce hébétude

Aux mensonges utopiques qui me poussent en avant

 

 

Aux bonheurs fragiles du sourire des gosses

Au rire qui engloutit le reste du chagrin

Ma chienne qui salive en rêvant à un os

Aux pauvres qui voudraient ne plus l’être demain

 

 

A l’imagination tranquille qui radine

Aux fêtes qui viendront dans les rues pavoisées

A la révolution qui se lèche les babines

Devant l’alternative qui construira l’été

 

 

 Au champignon furtif qui tremble du chapeau

Quand le champignonneux armé de son panier

Voit déjà dans la poêle posée sur le réchaud

Le cèpe voisinant les patates rissolées

 

 

A ce mouflet fierot qui chiale des escarbilles

Debout dans le couloir du train de son passé

A ce futur vieillard qui regarde les filles

En avançant peinard vers la sérénité

 

 

20.05.2008

Qu'est-ce que c'est ?

Dans le passage des semaines

L’aube est tremblante encore en plus

Jusqu’à quand coulera ce fleuve

L’entassement dans la mémoire

Les noms perdus des amours mortes

Les autoroutes de la nuit

Quel jour après viendra tranquille

Avec la chance d’un coup de vent

Remonter les jupes des filles

Jusqu’à mes rêves adolescents

Compterais-je un jour les étoiles

En 93 au mois d’août

Dans les strates éparpillées

Avec mon vieil ami Claudio

 

Qu’est-ce que c’est ce temps qui passe

Et s’étire infiniment

Attiré par l’invisible

Perdu dans le firmament

Qu’est-ce que c’est ce temps qui passe

Se dilate et se rétracte

Et se dilue dans l’espace

Alors que la mort nous menace

 

Mais quels sont ces songes étranges

Cette impression de déjà vu

Cette odeur dans l’armoire

Cette scène déjà vécue

Jusqu’où ira la rivière

Pour déterrer notre passé

Et nous montrer la parallèle

D’une autre vie simultanée

L’aurore peut être bleue ou grise

Les douze mois font une année

Mais à quelques années lumières

Je ne suis pas encore venu

Ni même le père de mon père

Pas plus que mon ami Claudio

 

Qu’est-ce que c’est ce temps qui passe

Et s’étire infiniment

Attiré par l’invisible

Perdu dans le firmament

Qu’est-ce que c’est ce temps qui passe

Se dilate et se rétracte

Et se dilue dans l’espace

Alors que la mort nous menace

 

Dans la durée de ma chanson

Si je m’enfuyais dans le vide

Je pourrais revenir si loin

Sans rien pouvoir recommencer

Pourtant parfois juste pour voir

Comme au poker dans le doute

Je donnerais tout ce que je n’ai pas

Mais à crédit sur l’impossible

Pour annuler les certitudes

Qui castrent l’imagination

Tordre le cou des solitudes

Et la vitesse des avions

Et puis j’irais boire une bière

Avec mon vieil ami Claudio

 

Qu’est-ce que c’est ce temps qui passe

Et s’étire infiniment

Attiré par l’invisible

Perdu dans le firmament

Qu’est-ce que c’est ce temps qui passe

Se dilate et se rétracte

Et se dilue dans l’espace

Alors que la mort nous menace

 

Qu’est-ce que c’est ?

 

D.L 2004

 

18.05.2008

Mai 2008

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10.05.2008

journal du vide

Samedi 10 mai.

 

Il arrive un moment, fatalement, ou il devient nécessaire de tourner la page et d’y inscrire le mot fin. Pourquoi pas le dix mai ? L’embarrassant dans une chronique, c’est la chronicité ! La répétition dans le sujet, dans l’objet, l’habitude qui risque de devenir une manie… L’obsession quotidienne de la feuille blanche avec cette impatience de l’écriture qui peut facilement se transformer en obligation. Que l’on m’oblige à écrire, pourquoi pas ? A condition que cela me rapporte autre chose que la satisfaction de l’entassement des mots et la satisfaction orgueilleuse d’une analyse personnelle des situations.

Décider de l’instant précis auquel il est primordial de se dire : je ne sais pas ce que je vais faire, mais ce sera différent ! J’en suis là ! A partir du moment où je constate que je ne laisse plus aller librement. Ce moment où l’écriture perd du goût, où la dissection de ma situation au jour le jour et le voyage dans l’introspection ne me soulagent plus, il est grand temps d’arrêter ! Je veux descendre de ce manège, quitter ce cycle avant qu’il ne soit insupportable. Rabâcher sans cesse mes malheurs, mes douleurs, mes angoisses et tous les petits tracas désespérants du quotidien revient peut-être à les entretenir et à leur donner une dimension qu’ils pourraient ne pas avoir. Le manège que je veux quitter, c’est moi qui le crée et qui lui donne l’énergie qui le fait tourner ! Aujourd’hui comme à la fin de l’année dernière, le jour où j’ai commencé à écrire et où j’ai donné un nom à ce que j’écrivais : Le journal du vide, rien n’a changé ! Le vide est toujours là, oscillant entre la présence permanente et les bonheurs d’artifice des phases maniaques. Est-ce qu’en écrivant je n’entretiens pas ce système ? Où est la réalité ? Dans ce vide qui n’en est pas un puisque je le comble de mots ? Dans la colère et l’excitation qui l’accompagne ? Chaque jour il est facile de trouver dans le monde un sujet pour alimenter cette chronique tout comme chaque jour je peux déblatérer sur mes états d’âme et sur ma façon d’envisager l’avenir. Mais je ne le fais que pour moi ! Il s’agit d’une écriture égoïste, fermée, inutile. Jamais jusqu’ici je ne m’étais posé cette question sous cette forme, aujourd’hui elle m’apparaît fondamentale. Écrire sert à être lu et comme j’écris sur moi…

Sarkozy est présent pour cinq ans, encore quatre… Et après ? Qui en face pour le battre ? Je peux bien écrire sur ce sujet tous les jours qui nous sépare des prochaines élections, son gouvernement et lui me donnent tous l’aliment nécessaire pour. Mais à quoi bon ?

Bien sur je rêve d’édition, de publication. De voir mon nom sur la couverture d’un livre, accompagné par le nom d’un éditeur. Combien sommes-nous en France et ailleurs à partager ce rêve, à estimer que notre prose vaut l’investissement, à feuilleter des bouquins en se disant que, merde, finalement, ce n’est pas terrible ! Je fais mieux que ça ! Alors, pourquoi pas moi ? C’est bien de rêver mais ce genre de rêve a comme une saveur libérale, le mensonge qui consiste à faire croire à l’exception et à généraliser à partir de celle-ci… tout le monde peut y arriver, s’enrichir… Alors pourquoi pas mon nom sur une couverture de livre ? Pourquoi ne pas y croire, pourquoi ne pas imaginer que l’édition est ce petit point lumineux, là-bas dans le fond, comme la sortie d’un tunnel, ce tunnel dans lequel je me confis dans l’obscurité et le désespoir ? Quel est la part de ce rêve dans la motivation secrète qui m’amène devant le clavier de l’ordinateur tous les jours, quand il fait beau dehors, que les oiseaux chantent que les tomates poussent tranquillement, que ma chienne roupille en pensant qu’elle se promène…

 

J’ai aujourd’hui le sentiment amer de me complaire dans la commodité du glauque, je maintiens une mécanique fade dans un spleen terne qui facilite le passage en phrases, en pages, en recueil. Arrêter cette forme d’écriture ne veut pas dire que ma situation va changer, qu’un miracle va se produire, que les patrons du coin vont me téléphoner pour m’embaucher, que le pognon va pleuvoir dans mes poches ni même que mon rhume va disparaître ! Ça me parait en tous les cas plus facile d’arrêter mon journal que d’arrêter de fumer ! Il n’y a aucun rapport, je sais, ne cherchez pas… De plus, ce n’est peut-être pas définitif ? Comment savoir ?

 

Je vais écrire autre chose, continuer sur d’autres voies, revenir si je peux, si elle est d’accord, à la poésie, à la musique. Je vais persister dans mes recherches d’emploi, j’ai toujours envie de sortir de la merde !

Je veux flinguer le vide au lieu de le visiter et je veux être capable de l’écrire d’une autre manière si il insiste encore. Je verrais comment…

Il n’y aura donc pas de page datée du onze mai dans ce journal.

 

FIN

07.05.2008

Apremont

Mercredi 7 mai.

Menu du sept mai, pour accompagner le soleil presque estival et la brise légère qui règne dehors. N’était cette saloperie de rhume qui me gonfle le pif ! Enfin, rhume ou non, soleil ou pas, il faut bien manger pour rester en vie et tant qu’à faire, autant transformer en plaisir cette obligation. L’envie me vient soudain de manger des pommes de terre ! Une fois de plus, bien sur. Les patates restent une base primordiale de notre alimentation et de notre plaisir de bouffer. Blo-blo ! Ça me vient de ma Corrèze maternelle. Je ne suis pas né en Corrèze, mais maman, oui ! J’ai envie de pommes de terre à la blo-blo, ce que j’écris comme ça faute d’avoir jamais su, jamais vu comment ça s’écrivait et même ignorant si un jour quelqu’un l’a écrit. Une fois de temps en temps, ma maman nous faisait des patates à la blo-blo et personne à la maison ne s’en est jamais plaint. Forcément, je n’étais pas très attentif à la méthode, aux ingrédients. Il me faut faire à l’improvisation, au goût, que je ne retrouve que de manière lointaine comme tous les souvenirs de jouissance dont jamais on ne reproduit l’intensité. Mais on en crée de nouvelles, des belles, toutes neuves ! L’enfance est loin, qu’importe ! Peut-être que cette recette improvisée de cuisson des patates que je persiste à appeler « à la blo-blo » donne un résultat meilleur que ce fameux plat de ma mère ! Pourquoi non ? Donc ! Je vais chercher les pommes de terre, je les épluche soigneusement, j’en fais autant avec un énorme oignon (jaune paille des vertus), je les lave soigneusement. J’épluche aussi quelques aulx, je farfouille dans le placard pour y dénicher la noix de muscade, je fonce au jardin pour y recueillir quelques grands brins de ciboulette puisque actuellement le persil se désespère dans le nanisme. J’arrache à la tristesse froide du frigo le pot de crème fraîche qui s’y ennuie. J’agrippe un faitout de fonte émaillée, je saute sur l’huile d’olives, je sors le sel et le poivre. Je souffle une minute en admirant tous ces ingrédients qui vont me permettre de régaler toute la famille ce midi. Et je constate la catastrophe !

Le vin blanc ! Il me manque le vin blanc, ingrédient indispensable à la construction (géniale) de cette architecture gustative que je m’apprête  à mettre en œuvre. C’est l’horreur ! J’ai largement assez de composants pour cuire mes pommes de terre, il n’est pas trop tard pour faire des frites, des patates sautées, à l’étouffée et je ne sais quoi encore ! Mais jamais ce plat ne méritera le patronyme inégalable de blo-blo ! Je vais dans le garage, découragé, j’ouvre ce frigo qui ne nous sert que durant l’été, mais je suis déçu. Il y a bien quelques bouteilles, du mousseux, du rouge, triste bilan ! Et mon regard désemparé se porte sur ce carton, ce carton cadeau offert par André et Mireille qui sont venus passer un moment trop court à la maison. J’ouvre fébrilement et j’en sors les meilleurs vins de Savoie, les chautagne rouge, les Chignin-Bergeron blancs, gouleyants jusqu’à un point… Et une bouteille d’Apremont, pas n’importe quoi, pas du gros rendement à l’hectare comme les vins de… Qu’on achète au…

Je décide un compromis. Comme je suis seul, le débat est vite tranché. Je m’installe devant la gamelle, l’huile, une couche d’oignon, et puis les pommes de terre coupées en rondelles pour entasser quelques couches. Noix de muscade, sel, poivre et je continue, couche par couche. J’ajoute de l’ail, de la ciboulette, je remets de la muscade, du sel, du poivre, j’essaie vainement de sentir les premiers effluves mais mon tarin me refuse encore cette joie. Ainsi de suite ! J’ouvre enfin cette bouteille fameuse, j’hésite encore. Ce n’est habituellement pas avec du bon vin que je cuisine. Sauf exceptionnellement, un bon (petit) Bourgogne pour la daube. En général je me contente d’un vin de table, un blanc de blanc comme ceux que l’on achète au supermarché discount du coin… J’ai copieusement arrosé d’eau, maintenant je dois m’encourager pour déposer délicatement le nectar sur le plat qui mijote déjà. Cruel dilemme ! Est-ce que je vais commencer en guise d’encouragement, par m’arroser la glotte ? Je cours le risque de ne plus oser ensuite en verser une dose sur mes patates, de le trouver trop bon, d’avoir l’idée d’un sacrilège. Aïe ! Que faire ? J’opte pour la solution la plus sage, je verse le vin dans le faitout qui commence à chanter la belle mélodie secrète de la popotte. Je contrôle le niveau, je ne perds pas une goutte. Sans changer de main, j’arrache un godet du séchoir à vaisselle et je le pose sur la table. Là encore je verse. Je prends mon temps, je pose le couvercle sur le faitout, j’y dépose de l’eau pour préserver une certaine douceur dans la cuisson puis je reviens au plus important : mon verre et la verrée quasiment transparente qui m’attend.

Que vous raconter ? Au-delà de la minéralité des graves roulés par les torrents, des fruits secs et de la floraison printanière, des milliers de perles qui viennent exploser et exsuder leur saveur sur chacune de  mes papilles, au-delà même, les yeux clos, de cette impression de boire un paysage, les aiguilles d’Arves qui diluent et vaporisent leur beauté, la rondeur de mastodonte du grand Châtelard, la noirceur schisteuse de la pointe de roche noire, au-delà il y a une bonne part d’indicible jusque dans la solitude de la cuisine quand je lève mon verre à la santé des amis, une chaleur particulière sans laquelle la vie serait bien plus difficile. La prochaine fois que leurs pas amicaux les amèneront jusqu’ici, on mangera des patates à la blo-blo en écoutant les mésanges zinzinuler et en dégustant ensemble, une fois de plus, le vin de l’amitié ! A votre santé !

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